
Tribune de Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, penseur et notable de Madimba
Depuis mon retour de l’exil en juillet 2024, j’ai pris le temps d’observer ce qui se passe à la SNEL SA. J’ai pris mon mal en patience. Aujourd’hui, j’ai décidé d’élever le ton pour dénoncer les abus et réclamer notre droit fondamental : un service public digne, transparent et respectueux des abonnés.
Dans un pays qui possède l’un des potentiels hydroélectriques les plus importants du monde, il est paradoxal , et scandaleux ,que l’électricité soit devenue pour beaucoup de Congolais une source permanente de souffrance.
Aujourd’hui, les abonnés de la SNEL SA appellent la nouvelle équipe de l’Autorité de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARE) à la rescousse, afin de mettre fin aux abus, surfacturations et manipulations qui gangrènent cette entreprise publique.
L’une des racines profondes du problème réside dans une situation humaine dramatique : celle des journaliers de la SNEL.
Depuis des décennies, des milliers d’hommes travaillent pour cette entreprise sans statut stable. Certains témoignent avoir servi pendant 20, 30 voire 35 ans sans être engagés officiellement.
Ils travaillent sans contrat digne de ce nom.
Sans sécurité sociale.
Sans garantie d’avenir.
Cette précarité institutionnalisée produit des effets dévastateurs.
Un travailleur qui n’a aucune sécurité finit souvent par survivre comme il peut. Et c’est là que naît une autre tragédie : celle des abus contre les abonnés.
Dans plusieurs quartiers de Kinshasa, les abonnés dénoncent régulièrement :
• des surfacturations injustifiées
• des doublures de factures
• des compteurs manipulés
• des coupures arbitraires suivies de négociations clandestines pour le rétablissement du courant
Le phénomène le plus inquiétant est celui du compteur retiré pour vérification. Dans bien des cas, lorsque des agents de la SNEL emportent votre compteur pour « analyse », cela devient le début d’un véritable calvaire.
Le compteur revient parfois piraté ou modifié, et l’abonné se retrouve avec une facture exorbitante qu’il lui est pratiquement impossible de contester.
Ainsi, le citoyen devient prisonnier d’un système opaque où la transparence semble être l’exception.
Mais il existe une dérive encore plus grave, presque inimaginable dans un État qui se veut de droit.
Dans certains cas, l’électricité n’est plus gérée comme un service public : elle devient une arme de règlement de comptes personnels.
Oui, vous avez bien lu.
Un agent de la SNEL peut décider de priver un abonné de courant non pas parce que celui-ci n’a pas payé sa facture ou parce qu’il y aurait un problème technique, mais simplement parce que cet abonné est en conflit avec le frère, la sœur, le cousin, la cousine, l’oncle, la tante ou tout autre parent proche de l’agent de la SNEL.
Dans ce cas, l’agent utilise le pouvoir technique que lui confère sa position pour punir indirectement l’abonné, transformant le réseau électrique en instrument de vengeance.
Le résultat est dramatique :
• les machines s’arrêtent
• les activités commerciales sont paralysées
• les pertes financières s’accumulent
• parfois, des employés peuvent même perdre leur travail
Pendant ce temps, la scène devient presque absurde : toute l’avenue est alimentée en électricité… sauf la maison ou l’entreprise de la victime.
Et lorsque l’abonné ose se plaindre auprès de la hiérarchie, il découvre une autre réalité : celle d’un système où la solidarité corporatiste prime sur la justice.
Pour le respect de ses abonnés et la restauration de la confiance, la SNEL SA pourrait s’inspirer de l’expérience de la société sud-africaine Eskom. Là-bas, la gestion des délestages repose sur la transparence et la communication en temps réel, permettant aux abonnés de planifier leur quotidien malgré les coupures.
Eskom informe ses abonnés via :
• Twitter (@Eskom_SA) et WhatsApp (Alfred Chatbot) pour les alertes et changements de délestage
• MyEskom App, qui fournit un calendrier détaillé des coupures par zone
La SNEL SA pourrait adopter cette approche pour garantir prévisibilité, transparence et respect des abonnés.
Nous saluons en passant les efforts de modernisation de la SNEL SA à Kinshasa, avec le déploiement progressif des compteurs à prépaiement, appelés SNEL Box.
Ce système permet aux abonnés de payer leur consommation à l’avance, réduisant ainsi le risque de factures estimées et donnant un minimum de contrôle sur leur consommation.
Cependant, cette avancée reste partielle et ne résout pas les problèmes structurels liés aux abus, à la surfacturation et aux coupures arbitraires. Elle doit donc s’accompagner d’une gestion transparente et d’un véritable respect des abonnés.
Les conséquences de ces abus dépassent largement les simples désagréments domestiques.
Les hôtels, flats, restaurants, ateliers, petites industries et commerces dépendent directement de l’électricité.
Sans courant :
• les machines s’arrêtent
• la production cesse
• les emplois disparaissent
Autrement dit, les abus dans la distribution de l’électricité deviennent un facteur direct de chômage et de paupérisation.
Certaines organisations de la société civile parlent même d’une mafia organisée au sein de la SNEL, responsable de pertes colossales pour le trésor public.
Des enquêtes ont évoqué des contrats douteux et des pratiques qui auraient fait perdre près de 500 millions de dollars à l’État congolais.
Il s’agit d’un système qui doit être profondément réformé.
La nouvelle équipe dirigeante de l’ARE, avec Jean-Marie Beya comme PCA et Soraya Aziz-Moto comme Directrice générale, arrive à un moment critique.
Le gouvernement a été clair : le temps de l’incubation est révolu.
L’ARE doit désormais devenir le bouclier des consommateurs. Les abonnés de la SNEL SA comptent sur cette nouvelle équipe pour :
• protéger les abonnés contre les surfacturations
• arbitrer les litiges entre la SNEL et les consommateurs
• imposer des contrôles techniques comme les compteurs témoins
• rendre la régulation visible et accessible à tous
Et si, malgré ses efforts, l’ARE échoue à résoudre le conflit entre la SNEL SA et l’abonné, elle doit faciliter la tâche à ce dernier en l’accompagnant vers les juridictions compétentes afin que justice soit rendue.
Trop, c’est trop !
L’électricité n’est pas un luxe.
Elle est un droit, un moteur économique et un facteur de dignité humaine.
La SNEL doit être une entreprise au service de la nation, et non un instrument de souffrance pour ceux qui paient leurs factures.
Quant à l’ARE, elle doit devenir la voix des abonnés et la gardienne de la justice énergétique.
Car une chose est certaine : la patience des Congolais a atteint ses limites.